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GINOUILLAC, AU FIL DU TEMPS...

 

Le dolmen à entrée latérale situé sur un terrain privé prés du bourg atteste que le village a été occupé par l’homme depuis les temps préhistoriques.

 

En l’an 627, il existait à Ginouillac un monastère dont l’emplacement n’a pas été retrouvé dans lequel Saint-Amans, Saint-Cyprien et Saint-Sour venus d’Auvergne prirent l’habit religieux avant de mener leur vie d’ermites en Dordogne où ils s’établirent et fondèrent les villages portant leurs noms.

 

A l’époque de Galiot de Genouillac (1465-1546) nous savons que Ginouillac était un gros village, dont le nom diversement orthographié Genouillac, Genolhac, Ginolhac, Genoilhac, désignait une branche de la Maison de Gourdon.

 

En 1793, le village comptait 629 habitants. Il existait un grand chateau, derrière l'église,  détruit au début du XXème siècle,  dont il ne reste que quelques vestiges aujourd'hui.

 

L'actuel chateau qui a gardé fière allure fait face à l'église.

 

 

Après la guerre 14-18, Ginouillac recensait encore 290 habitants et  prés de 60 élèves répartis dans deux écoles. Le commerce et l’artisanat y étaient florissants: deux cordonniers, trois sabotiers, deux tailleurs, une couturière, un charron, un forgeron, un charpentier-menuisier, un maçon, une entreprise de battage, cafés, épicerie…

 

Depuis, comme dans nombre de villages ruraux de notre région, la population n’a cessé de décroître jusqu’à 128 habitants en 1982, avec une progression remarquée ramenant la population à 174 habitants en 2012.

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Galiot de Genouillac

 

Pour Ginouillac, il existe depuis des siècles un personnage incontournable : GALIOT.

Né au Moyen Age il mourut à la Renaissance. Il guide le touriste grâce au circuit de bourg mis en place dans la commune. Une de ses nombreuses demeures se situe face à l’Eglise.

Il est issu d’une vieille famille du Quercy et le propriétaire de nombreux domaines et villages alentours.

 

On ne lui accorde pas dans les ouvrages historiques les honneurs qu’il mérite. Par exemple : 1515, Marignan !

 

 

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En savoir plus sur Galiot de Genouillac et son époque


1515 - Marignan

Si le chevalier Bayard « Sans peur et sans reproche »s’est illustré sur le champ de bataille, c’est bien à Galiot que l’on doit notre plus belle victoire !

François 1er gagne cette bataille menée contre les mercenaires suisses grâce aux canons que Galiot, à force de ténacité et de courage, fit passer contre toute attente, tant la tâche était rude, à travers les Alpes ! François 1er lui en reconnait le mérite, il lui offre sa confiance, son amitié. Quoique fort de sa victoire à Marignan, François 1er eut été bien avisé de prendre en compte les avis de ses conseillers et de contenir sa fougue à Pavie en Italie, lorsque n’écoutant que son envie de guerroyer, il s’élance avec son cheval et beau panache blanc. Les seigneurs ont fort à faire pour contenir leur valeureux roi ! Galiot voit le désastre s’annoncer mais pour préserver son roi d’une mort certaine il stoppe les tirs de canons. François, vaincu, est prisonnier. Galiot réunit ainsi la rançon exigée par les italiens afin de libérer notre souverain, en échange d’une grosse somme d’argent mais aussi de ses 2 fils François et Henri, héritiers de la couronne de France, quel risque incroyable assumé par le roi  : les adversaires ont dans leurs mains le futur roi de France alors dauphin! C’est aussi à Galiot que François remet la délicate mission de négocier les transactions pour délivrer ses enfants laissés sous l’emprise de Charles Quint car si les deux garçons sont traités comme des hôtes de rang, peu à peu ils semblent abandonnés comme de simples prisonniers. Ils resteront marqués par cette tragique période.

François 1erfut très reconnaissant envers Galiot de voir ses enfants délivrés du joug de l’ennemi et pour lui témoigner sa gratitude il lui offrit de nombreux fiefs et demeures, notamment dans le sud-ouest où Galiot se trouve bien implanté.

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C’est encore à Galiot que revient la délicate mission d’organiser l’entrevue du camp du drap d’or entre Henri VIII d’Angleterre : plutôt que de faire à nouveau la guerre avec les anglais, il est décidé qu’une rencontre aurait lieu entre les 2 souverains et leurs suites. Chacun souhaite montrer à l’autre qu’il est le plus puissant et ce, bien évidemment à travers leur richesse. L’idée sous-jacente est celle-ci : « Mon pays est plus riche que Ton pays. Moi roi de France, je suis fort que toi, Roi d’Angleterre … et réciproquement : « Ne me déclare pas la guerre, tu as trop à perdre et moi je n’ai qu’à gagner. » Galiot est, dès lors chargé d’organiser cette périlleuse rencontre car de son succès ou de son échec une guerre sera engagée. La mission est donc délicate car les caisses de la France ne sont pas remplies, celles de l’Angleterre non plus mais on ne le sait pas tant les rois exhibent leurs richesses, il est donc facile de penser le contraire. Quoiqu’il en soit, on voit deux camps s’installer, l’un anglais et l’autre français, face à face. De magnifiques toiles tissées en fil d’or drapent les tentes, les festins sont gargantuesques et c’est de François ou de Henri celui qui exhibe le mieux la richesse qu’aucun des deux n’a, les caisses restant désespérément vides et les paysans croulant sous le poids des impôts. Au bout de moultes fêtes, il est conclu qu’aucun des deux rois ne s’en ressort vainqueur et même si certains pensent à une légère supériorité française, les anglais ne s’en sortent pas mal. Même si l’égo de l’un et de l’autre est un peu égratigné, l’objectif premier d’épargner une guerre est atteint. Galiot a déployé tout son talent et une fois encore, n’a pas failli à sa mission, le peuple de France a encore quelques années de rémission ….

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N’oublions pas que le fils de François 1er, Henri II, épousera Catherine de Médicis qui donnera naissance à 3 rois et que si cette reine apportera d’Italie ce qui deviendra la fourchette afin de ne pas tâcher la fraise, sorte de grand col blanc frisoté, la France devra à cette funeste reine le massacre de la Saint Barthélémy qui plongera la France dans un chao terrible partagé entre les huguenots (les protestants) et les catholiques. Mais n’anticipons pas, le calme est quand même un peu revenu.

Galiot est le témoin de cette incroyable épopée charnière entre Moyen Âge et Renaissance où le pouvoir par la guerre s'est transformé peu à peu en pouvoir atteint par le biais de la diplomatie. Vous l’avez compris, Galiot est un personnage hors du commun.

Il a œuvré sous quatre rois français, de simple petit page sous Louis XI, sa carrière évolue avec sagesse, bravoure et loyauté sous Charles VIII, Louis XII pour devenir Grand Maître d’Artillerie, 3ème personnage de France sous François 1er. De par ses fonctions, il a rencontré bon nombre de personnalités : n'oublions pas les rois ou souverains des autres territoires : Henri VIII qui fit basculer l'Angleterre dans l'anglicanisme, Charles Quint, souverain de l'empire germanique, le roi d'Espagne, les papes et leurs envies de pouvoir, Soliman le magnifique et ses rêves de conquêtes ... les guerres d'Italie, de religion, de démonstration de force ...

Il connut la découverte des vastes espaces, Jacques Cartier envoyé vers le "Canada" par son roi François, la découverte des Amériques par Christophe Colomb en 1492 et avec elle, l’arrivée des épices, cannelle, thé, café, chocolat et autres façons de s’alimenter qui révolutionnèrent à jamais l’art de se sustenter en modifiant les mets. ….il n’en fallait pas plus aux papilles de France : désormais place aux repas épicés partagés autour d’une table. Les banquets arrivent dans les belles demeures de France qui se veulent plus accueillantes, ouvertes. On baisse la garde et les édifices passent d’une certaine verticalité plus défensive à une horizontalité architecturale plus festive.

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Galiot put lire Clément Marot (1496-1544), célèbre écrivain dont bon nombre de lycées portent le nom, notamment à Cahors. Pensons aussi au prince des Poètes, j’ai cité Ronsard (1524-1585) membre de la Pléiade à qui l’on doit outres ses romantiques écrits la célèbre rose créée par hommage rendu plusieurs siècles plus tard, elle orne nos jardins avec fierté et majesté.

Il connut aussi Rabelais (1491-1553) qui dénonce, en créant ses cyniques personnages Pantagruel et Gargantua, une façon de vivre que sa condition de membre du clergé ne pouvait tolérer. Mais le temps a fait, là aussi, son œuvre en ne gardant que le 1er degré de ce que l’écrivain voulait enrailler, il en serait très certainement désolé. Rabelais ne vous inquiétez pas, si les décennies filent, les maux restent les mêmes, vos descendants ont pris conscience de l’importance du rôle de la bonne alimentation dans notre mode de vie actuel pour rester en bonne santé, 5 fruits et légumes par jour.

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Mais, si la Renaissance apportait son lot de cultures, de découvertes, d’inventions, grand merci à Léonard de Vinci (1452-1519) pour ses innombrables contributions, les royaumes, les territoires, les guerres, les paix , les grands de ce monde étaient aussi sous l'influence de femmes puissantes, Galiot les as côtoyées : Anne de Beaujeu, sœur de Charles VIII pour qui elle assura la régence à la mort de leur père Louis XI, Anne de Bretagne, épouse successivement des rois Charles VIII et Louis XII et mère d'une reine, Claude et épouse de François 1er qui lui apporte l’annexion définitive de la Bretagne à La France, Eléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint empereur d'Allemagne, seconde épouse de François 1er, mère de cœur auprès des deux fils François et Henri détenus en otage après la défaite de Pavie, Anne Boleyn, seconde épouse d'Henri VIII qui poussa ce roi sanguinaire à s'éloigner des papes et de l'église catholique à laquelle le roi François était très attachée, Marie Tudor, sœur d'Henri VIII et seconde épouse de Louis XII pour laquelle François, pas encore roi, faillit ne jamais le devenir en lui contant fleurette : la belle anglaise de 18 printemps eut pu donner au roi Louis « père du peuple » un héritier !

Mais si Galiot était l’époux fidèle et respectueux de Catherine d’Archiac, une femme compta plus qu'une autre dans sa vie. Même si les thèses se contredisent, bon nombre d’historiens pensent que sa devise « Fort-Une » ne peut être inspirée que par l’immense dévotion qu’il portait à Louise de Savoie, la mère de François 1er.

L'un et l'autre s'appréciaient fortement, Louise le recommandait à François et son inclination pour la reine est un fait avéré : Galiot emmènera avec lui ce secret dans la tombe un an avant la mort de François 1er et l'avènement d'Henri II et de sa royale épouse Catherine de Médicis : la diplomatie avait encore de nombreuses années devant elle !

 

                                                                               Texte et recherches d’Anne-Marie Triplet

 

ILLUSTRATIONS

galiot de Genouillac
L\'ancien chateau
Ancien chateau
Le Camp du drap d\'or
François 1er
Clément Marot