À propos de deux croix situées dans le bourg de Ginouillac.
Léon Mailhol qui fut un temps « Délégué au Recensement des Monuments Anciens » auprès de l'administration centrale des Beaux-Arts, avait entrepris « un inventaire photographique du patrimoine lotois » à partir des années 1930. Ce sont ainsi des milliers de clichés et les notices les accompagnant qui nous sont parvenus et sont aujourd’hui conservés aux archives départementales de Cahors.
I) Parmi les documents concernant Ginouillac on trouve la photo et la description de la croix qui se situe au croisement du chemin de Crussol ( qui conduisait au château disparu ) et de la route des Encors. :
« Croix monolithe - pieds et bras cylindriques - 2m10 de hauteur. Sur les bras de la croix, une croix pattée sculptée en relief »
Au pied de la croix, une date : 1764.

L. Mailhol a collecté pour cette croix le nom de Croix du Terrié . Il semble que ce nom soit aujourd’hui tombé dans l’oubli...
D’où vient ce nom de Croix du Terrié ?
Un terrièr en occitan peut désigner un amoncellement de terre, mais c’est le sens ancien de « rempart » issu de celui de « levée de terre » qu’on rencontre le plus souvent dans les toponymes.
On peut donc légitiment penser que cette croix garde le souvenir de l’endroit où se trouvaient jadis des « fortifications », car il y en a bien eu à Ginouillac.
Elles sont attestées dans des actes du registre Mostolac relatifs aux seigneuries des Ricard de Ginouillac-Vaillac, conservés aux archives départementales du Lot, qui ont été étudiés par Jean Lartigaut, historien et médiéviste, spécialiste du Quercy. Voici un extrait d’un article qu'il a écrit sur « Les lieux fortifiés dans la partie occidentale du Quercy au XVe siècle » :
« La construction d'une enceinte classique de tours reliées par des courtines aurait de beaucoup excédé les moyens de communautés plutôt pauvres et déjà éprouvées par les guerres. Nous croyons pouvoir rattacher au type de Nuzéjouls la plupart des villages où il n'est fait mention que du mur et du fossé du lieu. Tel le fortalesium des Arques en 1454, la fortalissia* de Ginouillac en 1432, où une maison encadrée par deux autres confronte le mur du lieu et regarde vers l'église en 1441. En 1475 une maison infra muralhas dicti loci ** confronte le chemin allant au château (castrum) de Ginouillac. »
*Fortalissia=Fortification
**à l'intérieur des murs dudit lieu
II) L’autre croix photographiée par L. Mailhol est celle connue aujourd’hui sous le nom de Croix de la Caminade , située au carrefour de la route du Dolmen et de la rue des Rascalets, adossée au mur entourant le « Presbytère ».L’appellation Croix de la Caminade est obligatoirement récente, la caminada signifiant: le presbytère ( à l’origine le mot désignait une chambre chauffée, pourvue d’une cheminée par ex. une cellule de moine ), or l’édifice n’a eu cette fonction qu’au tout début du XXe siècle.

L. Mailhol, lui, a collecté le nom de Croix du Safranier qui doit être plus ancien et la décrit ainsi : “Hauteur 1m70. Le bras mesure 0m83 Le pied a 0m21 x 0,19 de section. Sculpture en relief : ostensoir, coeur , feuilles de laurier . À la base, petite niche.”
La culture du safran a été introduite par les Maures au VIIIe siècle et le Quercy deviendra l’un des plus gros producteur. Le mot safranier ou safranièr, attesté dès 1468 à Cahors, désigne à la fois la safranière, le cultivateur de safran et le marchand de safran.
Mais safranier signifie aussi en occitan, comme en français autrefois, celui qui a fait quincanèla, banqueroute, ce qui s’explique selon Mistral parce qu’autrefois on peignait en jaune la maison des faillis.
Enfin, safranièr désigne également celui qui fait l’école buissonière.
B.P.